| Qui
a trouvé le titre “Sheila enfin disponible !”
?
(Rires). Nous avons cherché plein de titres. Puis au dernier
moment, Olivier Bontemps qui s’occupe de tout ce qui est
graphique, a proposé “Sheila enfin disponible !”.
Son idée a fait l’unanimité, nous l’avons
gardée.
Les fans vont vous demander pourquoi ne pas exploiter
cette série au Cabaret sauvage en CD live ? Y avez-vous
songé ?
Vous rigolez ! Il est évident qu’un spectacle comme
ça sera enregistré. Il y a trop de travail derrière,
trop d’investissements pour qu’il n’en reste
rien.
Vous avez répondu tout à l’heure,
que vous alliez reprendre des titres que vous n’aviez jamais
rechanté depuis leur sortie. Peut-on espérer entendre
enfin “La tendresse d’un homme” ou “Une
affaire d’amour” ?
J’ai déjà chanté “La tendresse
d’un homme” sur scène, j’aime beaucoup
cette chanson, que j’ai ramené des Etats-Unis. Quant
à “Une affaire d’amour”, celle-là
on ne vas pas la faire, non ! (Rires). Par contre, je vais reprendre
la chanson “C’est écrit” que j’ai
interprété chez Drucker dans Vivement Dimanche.
Comment expliquez-vous que certaines chansons, comme “Une
affaire d’amour” ou “Condition féminine”
plaisent au public. On retrouve d’ailleurs ces titres dans
le choix des internautes en ce qui concerne le 3è CD du
Long Box qui sort le 27 novembre.
Les fans veulent ce qui est rare, les chansons qu’ils ne
trouvent pas. Ils vont vouloir “Condition féminine”,
“Une affaire d’amour”. Même si ce ne sont
pas mes préférées je respecte leur choix.
Dans mon prochain spectacle, je vais interpréter des chansons
qui sont dans l’intégrale mais qui ne sont pas sorties.
Mais je ne vais pas chanter “Condition féminine”
!!!
J’aimerai revenir sur une période. La période
1977-1982. Après avoir enchaîné 5 singles
en langue anglaise “Love me baby”, “Singin in
the rain” etc, vous revenez au français avec “Kennedy
Airport” puis repartez sur de l’anglais avec l’album
“King of the world” produit par Chic, puis enchaînez
avec un album en français “Pilote sur les ondes”,
pour repartir ensuite sur de l’anglais avec l’album
de Keith Olsen “Little Darlin’” et enfin revenir
au français. Durant ces années, vous jonglez en
permanence entre les productions anglaise et française.
Comme si vous meniez 2 carrières parallèle. Que
s’est-il passé ?
Vous venez de le dire ! (Rires). Deux carrières parallèles.
J’ai beaucoup travaillé aux Etats-Unis, j’ai
été produite par Chic, j’ai fais un carton
avec “Spacer” qui a connu une sortie mondiale. Puis
je suis revenu en France avec l’album “Pilote sur
les ondes” car je ne voulais pas m’absenter de la
France trop longtemps. Puis je suis repartie aux Etats-unis sur
la côté Ouest avec l’album “Little Darlin’”
produit par Keith Olsen, album qui a très bien marché
aussi. Puis je suis revenue en France. Vous savez, pour espérer
une carrière au Etats-Unis, il faut vivre là-bas,
il faut faire les premières parties des vedettes américaines,
il faut tourner pendant un an, bref, vivre complètement
dans cet esprit. A l’époque j’étais
mère de famille, je n’ai pas pu m’investir
à 100 % à dans ce style de vie.
Après cette période agitée, vous
rencontrez Yves Martin et l’amour. Est-ce cet amour qui
vous a donné la force de monter sur la scène du
Zénith en 1985 ?
Non. J’ai rencontré Yves Martin en 1982 alors qu’il
produisait l’album de Gérard Presgurvic, j’ai
écouté ses musiques, j’ai adoré son
travail, sa façon d’écrire la musique. Nous
nous sommes revus à Paris. Yves a ainsi produit avec Gérard
Presgurvic le premier album de notre collaboration “On dit”
en 1983. Puis l’équipe a éclaté, je
suis resté aux côtés d’Yves, même
si nous n’étions pas ensemble à cette époque-là,
et nous sommes partis aux Bahamas enregistrer l’album “Je
suis comme toi”. Puis nous nous sommes rapprochés.
Nos caractères, nos rires, la musique, tant de points communs
ont fait que c’était évident. Mais vous savez,
nous avons vécus des hauts et des bas, comme tous les couples
! Nous sommes deux personnalités fortes. Yves a un tempérament
fort, c’est aussi un artiste au talent non reconnu, mais
un véritable artiste, un créateur. Yves a un univers
musical en avance sur son temps. On s’en rend compte en
écoutant son travail. Durant les années 80, le succès
n’était pas toujours au rendez-vous car il était
en décalage avec les productions de l’époque.
Lorsque nous nous sommes rencontrés en 1982 et avons décidé
de travailler ensemble, Yves m’a dit “Moi je veux
bien travailler avec vous, mais pour moi un artiste n’existe
que si il fait de la scène”. Personnellement, je
n’attendais que ça. Nous avons donc fait un pacte,
nous sommes allés au Zénith en 1985. Puis il y a
eu l’Olympia en 1989. Enfin, c’est Yves qui m’a
fait revenir en 1998 avec “Le meilleur de Sheila”.
Yves a réécrit, réorchestré d’anciennes
chansons. Et toujours un pacte, celui de refaire l’Olympia
puis une tournée à travers la France. Chose faite
en 1998. Et aujourd’hui, Yves m’amène au Cabaret
Sauvage !
Vous êtes fidèle en amitié. Jacques
Pessis est présent dans l’intégrale au travers
d’une conversation. Vous préfacez également
son nouveau livre “Disco”. A quand remonte votre rencontre
avec Jacques Pessis ?
On se connaît depuis plus de quinze ans. Jacques est quelqu’un
qui m’aime bien, qui aime bien ce que je fais, qui a suivi
ma carrière, qui a essayé de comprendre les changements.
Nos parcours se sont très souvent croisés. Vous
savez, le milieu dans lequel j’évolue regroupe des
métiers où les gens n’ont pas de mémoire.
Jacques a toujours été présent dans les moments
où j’en avais besoin.
Vous étiez également proche de Patrick Robert
Galéra que certains d’entre nous ont connu. Quel
souvenirs gardez-vous de cette personne au caractère bien
trempé ?
Il me manque. Patrick je le connais depuis trente ans. Patrick
a passé vingt-cinq ans a monter sa collection de disques.
Patrick a eu la plus belle collection, la plus complète.
L’intégrale existe grâce à lui. Patrick
a conservé le souple sur lequel est enregistré mon
audition, et qu’avait conservé jusqu’alors
ma maman. Nous avons eu des anicroches; comme vous venez de le
dire, Patrick avait un caractère bien trempé, nous
n’étions pas d’accord sur tout. Patrick a commencé
à travailler avec nous en 1998. Nous avons fais plein de
choses ensemble et il me manque beaucoup. Sincèrement,
par rapport à ce que je vis actuellement avec la sortie
de cette intégrale et mon tour de chant au Cabaret Sauvage,
il me manque terriblement. Mais je sais qu’il sera là,
et qu’il me regardera de là-haut.
Durant votre retraite discographique vous publiez plusieurs
livres. Avez-vous des projets d’écriture ?
J’écris tout le temps. J’écris des nouvelles,
plein d’histoires qui me serviront probablement pour des
séries, des choses comme ça.
En novembre est paru “Le syndrome de Lazare”
par Michel Canesi et Jamil Rahmani aux Editions du Rocher. L’histoire
d’une femme qui perd son mari après que celui-ci
est refait sa vie avec un homme. Ce roman vous rend aussi hommage.
Je n’étais pas au courant de l’écriture
du livre mais suis au courant de sa parution. C’est un très
beau livre et l’idée est originale. Je comprend leur
approche, je suis entouré de gays depuis toujours. J’ai
perdu de nombreux amis du Sida, je comprends l’histoire
de ce livre: pour une femme être entourée de gays
est très agréable. Les gays sont le contraire d’un
homme en général, je trouve les gays galants, prévenants,
aimants. Je partage donc l’histoire racontée dans
ce livre.
Le site Sheila2006.fr nous a accompagné tout au
long de cette année, et nous à dévoilé
récemment la fabrication de l’intégrale. Cette
année 2006 c’est vraiment je donne tout. Mais que
va-t-il vous rester ?
Oh là là, si vous saviez ! (Rires). J’ai gardé
des cartouches ! Vous savez je suis quelqu’un qui bouge
beaucoup. Cette année c’est l’intégrale,
mon spectacle au Cabaret Sauvage qui s’est décidé
au mois de septembre. J’ai une bonne étoile au-dessus
de moi, beaucoup de choses qui m’arrive n’étaient
pas prévues. J’ai beaucoup de projets mais je laisse
les choses venir. Ma carrière est derrière moi,
le plus important pour moi aujourd’hui est de continuer
de chanter sur scène, de rencontrer mon public et d’offrir
aux gens un spectacle comme celui du Cabaret Sauvage en décembre
prochain, qui s’est rempli très vite, sans promo
T.V. ou radio, et pour lequel il a fallu ajouter des dates. Voilà.
Retrouver les gens qui me suivent depuis 44 ans est mon bonheur.
Ce site est pour mes fans.
De nombreux sites internet vous sont consacrés.
Les connaissez-vous ? Surfez-vous beaucoup sur le net ?
On m’en a parlé, je les connais, ils sont très
beaux, j’y suis allé une ou deux fois, mais je ne
veux pas entrer là-dedans. Pour un artiste c’est
assez déstabilisant. Tout ce qui est Forum et tout ça
je ne veux pas entrer là-dedans. Je vis dans mon histoire
et ne veux pas savoir ce qu’il se dit, se dit pas. Je ne
veux pas savoir ce qu’il se raconte. Certains propos pourraient
me blesser et me donner envie d’arrêter. Je préfère
rester extérieur.
Tout au long de cette année 2006, la totalité
des rééditions de vos albums était disponible
en téléchargement légal sur le net. Aujourd’hui,
on n’achète une chanson depuis son ordinateur. Après
le disque vinyle, le Compact Disque est menacé. Qu’en
pensez-vous ?
Le téléchargement légal ne me pose pas de
problème. L’avenir est dans ce système. Néanmoins,
je pense que c’est une catastrophe pour les générations
à venir. Je vous explique. Lorsque j’ai préparé
cette intégrale, j’ai fouillé dans un tas
de carton qu’avait conservé ma maman et j’ai
retrouvé 44 ans de souvenirs. J’ai retrouvé
des vinyles, des pochettes, des objets. La nouvelle génération
par le téléchargement ne connaîtra pas cela,
je peux vous dire que dans vingt ans, cette génération-là
n’aura pas de mémoire. Ce que l’on télécharge
n’as pas de mémoire. Le fait de ne plus avoir de
pochette, de choses qui vous relie au passé et bien c’est
mort. Par expérience, je peux vous dire en plus, que la
mémoire est sélective. En fouillant dans 44 ans
de carrière, j’ai eu l’impression de n’avoir
vécu que 20 ans ! J’ai gommé 24 ans ! Donc
le conseil que je donne à la nouvelle génération
est de conserver quelques choses d’aujourd’hui, ça
fera leur passé. Et sans passé on vit pas bien.
Dans plusieurs interview, vous déclarez “profiter
aujourd’hui la vie, après avoir été
très longtemps sous le regard, le jugement des autres”.
Avec le recul et la sérénité de l’âge,
quels conseils donneriez-vous à un jeune qui débute
aujourd’hui ?
Qu’il remonte ses manches et qu’il fonce. Je pense
qu’il est aujourd’hui plus facile de démarrer
qu’autrefois. Il existe aujourd’hui un tas de supports
médiatiques. Je pense aussi qu’il est plus facile
de démarrer par la scène. Prenez comme exemple la
jeune génération. Des gens comme Bénabar,
Vincent Delerm ont démarré par la scène.
Prenez Clarika ou la grande Sophie, ces gens-là tournent
à longueur d’année et ne font pas des Prime-time
tous les jours. Les jeunes talents devront se diriger plus vers
la scène que vers la télévision où
le zapping fait que nous ne sommes plus accroché à
rien.
Je vous trouve aujourd’hui très sereine,
royalement calme et belle. Vous avez cependant déclaré
“combattre pour quelques chose donne une force extraordinaire”.
En véritable lion, votre signe astrologique, qu’est-ce
qui vous agite aujourd’hui ?
Ce qui m’agite ?! Je vais vous dire sincèrement,
rien ne m’agite, tout me donne envie de continuer. Tant
qu’on à envie d’apprendre pour digérer
et redistribuer, la vie est intéressante. La vie ce n’est
pas s’asseoir sur ses acquis, mais apprendre tous les jours.
Moi ce qui m’intéresse c’est connaître
les gens, en découvrir d’autres, voyager et ne pas
me regarder le nombril.
Vous avez connu durant votre vie de grands moments de
solitude et de souffrances. Le destin ne vous a pas épargné
ces dernières années. Vous avancez toujours avec
force et courage. Vous servez souvent de modèle pour nous
tous et les personnes qui souffrent. Avez-vous un conseil à
donner aux personnes malades ou en détresse ?
Je pense que nous avons tous une force au-dessus de nous. Il faut
le savoir et à tous moments y penser. Je pense aussi que
c’est durant les moments les plus sombres, les moments où
on aimerait rester seul qu’il faut s’en approcher.
Je pense qu’il ne faut pas avoir peur de parler et ne pas
s’enfermer dans la solitude. Il y a toujours sur votre chemin
quelqu’un qui va vous prendre la main.
Interview réalisée le 26 octobre 2006.
Propos recueillis par Patrick Roulph.
Remerciements: Warner Music France/ Aidem
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